Dans le Puy-de-Dôme, vingt ans après son arrivée, le Pacs détrône le mariage
Le mariage est mort, vive le Pacs ! C’est en tout cas, le constat que l’on pourrait dresser à la vue des chiffres de l’Insee. Depuis l’entrée en vigueur du Pacte civil de solidarité (Pacs), le 15 novembre 1999 (*), le nombre de couples décidant d’opter pour ce contrat n’a cessé d’augmenter dans le Puy-de-Dôme, pour atteindre plus de 27.000 Pacs signés depuis vingt ans.
!function(){"use strict";window.addEventListener("message",function(a){if(void 0!==a.data["datawrapper-height"])for(var e in a.data["datawrapper-height"]){var t=document.getElementById("datawrapper-chart-"+e)||document.querySelector("iframe[src*='"+e+"']");t&&(t.style.height=a.data["datawrapper-height"][e]+"px")}})}();
Les « Pacsés » l’emportent d’ailleurs sur les mariés durant trois années : 2010, 2015 et 2016. Une exception territoriale, comparé à la moyenne de l’Auvergne, puisque le nombre de Pacs ne croise jamais celui des mariages civils.
Les robes en tulle, les longues traînes et les réceptions en grande pompe auraient-elles perdu de leur superbe ? Depuis 1999, dans le Puy-de-Dôme, le nombre de mariage a chuté de 21 % et même de 44, 8 % depuis 1975.
!function(){"use strict";window.addEventListener("message",function(a){if(void 0!==a.data["datawrapper-height"])for(var e in a.data["datawrapper-height"]){var t=document.getElementById("datawrapper-chart-"+e)||document.querySelector("iframe[src*='"+e+"']");t&&(t.style.height=a.data["datawrapper-height"][e]+"px")}})}();
Pourtant, selon Christophe Gobbé, enseignant-chercheur en sociologie à l’UFR de psychologie de l’Université Clermont-Auvergne :
« Ce serait simplificateur de parler du Pacs en opposition au mariage. Il y a aujourd’hui des combinaisons, les gens passent d’une union à une autre. »
Considéré comme la quatrième plus grande réforme sociétale depuis la moitié du XXe siècle, le Pacs a eu pour conséquence de redistribuer certaines cartes concernant les modalités de la vie commune. À commencer par l’âge moyen au mariage.
Dans le Puy-de-Dôme, la tranche d’âge pour se dire « oui » oscillait entre 25 et 29 ans, il y a dix ans. Désormais, l’âge moyen est de 37 ans et demi. Pour le Pacs ? Entre 25 et 34 ans.
!function(){"use strict";window.addEventListener("message",function(a){if(void 0!==a.data["datawrapper-height"])for(var e in a.data["datawrapper-height"]){var t=document.getElementById("datawrapper-chart-"+e)||document.querySelector("iframe[src*='"+e+"']");t&&(t.style.height=a.data["datawrapper-height"][e]+"px")}})}();
Les couples optent pour le Pacs, qu’ils considèrent comme moins lourd administrativement et moins engageant. « Auparavant, si on se mariait, c’était par convention, pour la “paperasse” », juge Camille Berthomier, responsable du showroom de robe de mariés Mademoiselle a dit oui, à Clermont-Ferrand.
« Le mariage devient l'aboutissement d'un projet familial »Aussi, dans la réflexion des amoureux, le Pacs apparaît comme une manière «temporaire » de sceller le concubinage et surtout d’avoir accès à une batterie d’avantages, en terme d’impôts ou de rapprochement de conjoint, pour les personnes travaillant dans la fonction publique. Un contrat administratif, amplifié avec la loi de finance de 2005, permettant au couple de disposer de l’imposition commune dès la signature du pacte (il fallait attendre trois ans avant).
L’échange d’alliance et les vœux n’arrivent que plusieurs années après le Pacs. « Le mariage devient l’aboutissement d’un projet familial. Alors qu’avant, le mariage constituait les fondations », glisse Christophe Tardieu, responsable de la boutique Martine Mariages, à Clermont-Ferrand. D’ailleurs, le nombre de mariages se stabilise avec une moyenne de 2.101 mariages depuis 2010.
Lors des débats pour l’instauration du Pacs, les détracteurs de la loi taxaient le Pacs d’être le « mariage des gays ». Pourtant, la part des couples du même sexe ne représente qu’une maigre partie des Pacs (3,8 % en 2016). Même régime pour les mariages, depuis la loi votée en 2013, autorisant l’accès au mariage civil pour les couples de même sexe. La loi n’a pas contribué à gonfler les chiffres du nombre de mariages et représente en moyenne 3,8 % depuis 2013 : « Cela montre bien qu’il y a une normalisation des comportements », détaille Christophe Gobbé.
« Le mariage reste l’union la plus forte »On retrouve aussi dans les Pacs des couples beaucoup plus âgés. « Ce sont parfois des personnes qui ont eu une vie avant, des divorcés par exemple », explique Khalida Badji, avocate au barreau de Clermont-Ferrand, spécialisée dans le droit de la famille. Le Pacs apparaît alors comme une solution pour construire un nouveau cocon familial, sans la symbolique. Finalement, le mariage conserve sa place : « Ça reste la forme d’union la plus forte symboliquement, tellement sacrée qu’on ne se marie pas à la légère, on prend le temps de se connaître, de se sentir prêt », affirme Christophe Gobbé.
(*) La loi a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 octobre 1999.
Auparavant enregistrés au tribunal d’instance, les Pacs se signent en mairie, comme pour les mariages, depuis le 1er novembre 2017. De quoi brouiller la frontière ? Pas forcément. « Pour un Pacs, l’enregistrement se fait dans un bureau, en présence d’un employé de la mairie, avec une délégation d’officier d’État. Le mariage, c’est une cérémonie », présente Anne-Marie Bonjean, employée à l’état-civil à la mairie de Chamalières. Le détail a son importance : la cérémonie du mariage civil a ses rituels et seuls les maires ou les conseillers municipaux peuvent officier. Au contraire, à la mairie de Clermont-Ferrand par exemple, un officier de l’état civil est employé exclusivement pour traiter les Pacs.
Chloé Tridera