De Mauriac à Paris, le parcours de François Richez jusqu'à la présidence de la Protection civile en 6 dates
Ils sont incontournables dans le Cantal : veste orange et bleue, ils arpentent les trails, les pelouses des stades, les courses de motocross, les salles de concert, le Théâtre de rue. En situation de quasi-monopole, la Protection civile, association agréée de Sécurité civile, permet aux manifestations du Cantal de s’organiser sereinement, et forme les habitants au secourisme, comme les pompiers.
Depuis le 4 mai : président de la Fédération nationaleCette belle situation dans le département a fait des émules. À la tête de la fédération du Cantal depuis 2004, le Mauriacois François Richez, 39 ans, a été élu à la tête de la Fédération nationale de la Protection civile, à la suite de Paul Francheterre.
D’Aurillac, il passe à Paris, en ayant pris le temps de se préparer – il est élu au conseil d’administration depuis 2005, vice-président depuis 2013. Et d’analyser, d’anticiper : « Le fait d’être un élu rural, cela m’apporte de la légitimité, sourit-il. Les autres fédérations ne pourront pas dire : " Tu ne connais pas les difficultés qu’on rencontre !" »
1997 : les débuts, à MauriacL’histoire commence à Mauriac, en 1997, avec Pierre Ducros, son acolyte de toujours. Ils se marrent, se souviennent de leurs 18 ans. À l’époque, si la Protection civile existe à Ydes, Saint-Flour et Aurillac, rien à Mauriac. Alors les deux jeunes passent le bac, réquisitionnent la R19 des parents de Pierre Ducros : « Cette voiture, c’est le symbole de nos débuts… »
De ces premières années, ils retiennent « l’enthousiasme ». C’est celui-là qui permet d’acheter une vieille CX, au bout d’un an, puis une ancienne ambulance des pompiers de la Corrèze, en 2000.
Celui-là encore qui permet de vite mobiliser des bénévoles, de se former, de dépanner une voiture en une nuit pour assurer un renfort dans un autre département, de trouver des financements. « Gérard Leymonie (maire de Mauriac, ndlr) nous l’avait dit : “On ne prête qu’à ceux qui ont de l’enthousiasme !” C’est resté… », sourit François Richez.
2004 : à la conquête du CantalEnfin, c’est cet enthousiasme qui lui permet de prendre la tête de la fédération du Cantal, en 2004, à 25 ans. « C’était tendu. Je n’étais pas élu au bureau, et deux semaines plus tard, je prends la présidence. Ce n’était pas prévu, mais c’était “pesé”, il y avait une dynamique derrière. Il fallait anticiper la loi de 2004, qui donnait plus de responsabilité aux associations agréée de Sécurité civile : si on n’y allait pas, on allait vivoter. »Pierre Ducros, à gauche, est indissociable du parcours de François Richez. Il est aujourd'hui vice-président de la Protection civile dans le Cantal.
De reste, le Cantal se fait directement remarquer : 2006, première convention tripartite de France, avec pompiers et Samu, une convention autorisée par cette fameuse loi de 2004. Concrètement, les bénévoles de la Protection civile peuvent emmener une victime à l’hôpital, en ambulance. « Il y avait une frustration. Aujourd’hui, c’est habituel… »
2008 : deux ministres et un congrès national à Aurillac2008, Aurillac accueille le congrès national. « Le territoire a bénéficié d’un coup de projecteur. » Derrière, la protection civile grandit : Ydes, Mauriac, Saint-Flour, puis Riom-ès-Montagnes, Maurs… Les antennes se multiplient. Très naturellement, celui qui travaille en Corrèze chez Enedis grimpe dans le bureau, jusqu’à son élection, en mai. Tout le contraire du braquage de 2004, « le contexte est totalement différent. Je me suis préparé à prendre le rôle. »
L'activité de la Protection civile est large. Au fil des conventions signées depuis le début des années 2000, elle soulage par exemple franchement les pompiers sur le festival du Théâtre de rue, peut évacuer un blessé si le besoin s'en fait ressentir, participer aux recherches dans le cadre d'une personne disparue, ou encore former la population au premiers secours. Sur les événements publics, la présence d'une association agréée de sécurité civile est parfois obligatoire : depuis la fin de l'active mais éphémère UMPS dans le Cantal, l'an dernier, la Protection civile gère l'essentiel des dispositifs : si la Croix-Rouge gardait le Prisme et ses concerts, la situation a changé à l'automne. Enfin, ils peuvent intervenir loin du volcan, en renfort, comme à Saint-Martin, après l'ouragan Irma.
Son crédo : valoriser les bénévoles-secouristes, quelle que soit l’association. Il évoque les trois sauveteurs de la SNSM, décédé au début du mois de juin : « On a des responsabilités que les bénévoles “lambdas” n’ont pas. » Concrètement, il évoque la possibilité de trimestres de retraite, de parts supplémentaires. Pas pour recruter : il montre l’exemple du Cantal, 160 bénévoles. Mais pour fidéliser, donner de la reconnaissance.
Aujourd'hui : comme un deuxième emploiPour le moment, celui qui travaille à Enedis – « Autant de personnel que la Potection civile en France, et la même notion de service public », note-t-il – assure la présidence depuis la Corrèze. Son entreprise le libère quelques jours par mois, et un briefing téléphonique est assuré entre midi et deux, et le soir vers 18 h 30, explique-t-il. La protection civile, en plus des 33.000 bénévoles, compte environ 200 salariés.
Dans le futur : les Jeux Olympiques en point de mireAutre point d’attaque : l’ancrage local, « nous sommes bénévoles de notre territoire. » En clair : boucher les trous, puisque la Protection civile est encore absente en Lozère, en Haute-Loire, dans l’Eure. Objectif : « Etre incontournable », comme dans le Cantal. Et de citer que 6 des 8 stades de la Coupe du Monde féminine sont assurés par la Protection civile, tout en se plaçant pour les Jeux Olympiques de 2024.
Élu pour trois ans, il serait à la fin de son deuxième mandat. Sans marche supplémentaire à gravir ensuite, à 39 ans. « J’y ai pensé, c’est un peu bizarre comme situation. Mais aujourd’hui, je suis dans l’actualité, dans l’enthousiasme de mettre en œuvre mes projets de développement. » De l’enthousiasme, encore et toujours. C’est resté.
Pierre Chambaud