Emmanuel Macron, héritier historique de l’extrême centre ?
Par Célia Depommier-Cotton.
Le gouvernement modéré de Louis-Philippe a été qualifié de « juste milieu » ; Philippe ou Édouard ? En ces temps de via media, de compromis entre la droite et la gauche, on peut se prendre au jeu d’aller y regarder de plus près dans l’histoire de la modération en politique.
Jusqu’à la Révolution française, Jacques Necker cultive en vain les compromis en tant que ministre des Finances du dernier souverain de France, Louis XVI : « Il n’est point de liberté réelle s’il existe, au milieu de l’État, une autorité sans balance », disait-il en réponse à la confrontation des révolutionnaires utopiques et des ultraconservateurs traditionnels. L’histoire se répète en 1830 et le roi des Français met alors en place la Monarchie constitutionnelle, compromis entre les deux tendances monarchiste et républicaine.
Les esprits libres de l’époque romantique reprennent cette idée de modération, à commencer par la fille de Jacques Necker, Mme de Staël, l’une des femmes les plus importantes de l’histoire de l’Europe : « Les extrêmes sont dans la tête des hommes, mais point dans la nature des choses », écrit-elle en 1796, dans un texte portant sur le bonheur des individus et des nations et décrivant les ravages de « l’esprit de parti » en politique.
Modération et civilité
Par tempérament, nous ne sommes pas tous pareils : certains sont enclins à rejoindre le centre, d’autres les extrêmes. Les restaurateurs savent combien une même ration peut être, selon le client, excessive ou insuffisante. Notre sensibilité peut être différente, mais la modération et la civilité font pourtant partie des vertus les plus vantées pour le débat public depuis l’époque des Lumières.
Ces exemples sont-ils pertinents pour la période actuelle ? Dès le début de son ascension, Emmanuel Macron applique les principes exposés en 1795 par Adrien Lezay dans De la faiblesse d’un gouvernement qui commence, et de la nécessité où il est de se rallier à la majorité nationale. À l’inverse, en cette période de préparation pour les élections municipales, à considérer tous les ralliements, il faudrait plutôt lire De la force du gouvernement actuel de la France, et de la nécessité de s’y rallier, écrit en 1796 par Benjamin Constant.
Le gouvernement entend maintenir le cap, sans virer à gauche, ni virer à droite, car la réponse qu’il tient à donner n’est pas partisane. C’est une réponse unique pour le bien-être des Français comme des entreprises française, TPME ou grands groupes : une politique en faveur de la compétitivité est en même temps une politique en faveur de l’emploi et du pouvoir d’achat. Le meilleur pour les Français serait dans cette position centrale de synthèse, dans cet extrême centre, si l’on veut. Comme disait Pascal : « C’est sortir de l’humanité que de sortir du milieu ; la grandeur de l’âme humaine consiste à savoir s’y tenir. »
Certes, à lire le programme des réformes pour l’année prochaine (loi de bioéthique, réforme de l’assurance-chômage, retraite, réforme des institutions, etc.) on peut penser un moment à Boucles d’or qui goûte trois bols de porridge et choisit celui qui est ni trop chaud ni trop froid. Pour continuer à satisfaire une majorité de Français, la clef serait de ne pencher ni à gauche, ni à droite, mais de continuer à mener les réformes nécessaires, tout en restant dans cette zone étagère dont la pente de l’ordre de dérivation ne doit pas excéder ±15° par rapport à l’horizontale.
Il n’en reste pas moins que de Louis-Philippe à Édouard Philippe, de Necker à Boucles d’or, toutes les sources historiques concordent pour affirmer que le centre n’est ni une bouillie tiède, ni une stratégie de people-pleaser, mais un projet de parti et une doctrine à part entière. Chaque jour, il faut une énergie considérable pour maintenir le cap au centre. Les positions mitoyennes sont loin d’être des positions moyennes, médiocres, complaisantes ou indécises. Un certain héroïsme est nécessaire pour défendre « l’excellente moyenne » chère à Nicomaque. Tout homme averti fuit l’excès et, depuis trois ans, les centristes ne manquent pas de vision politique.
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