Michel Vergnier et Eric Correia vont-ils s'affronter aux municipales de 2020 à Guéret ?
À dix mois des municipales, le jeu se met en place à Guéret. Plus complexe que pour les éditions précédentes, les candidatures surprendront. Le résultat aussi, sûrement.
Parmi les sortants, déjà, rien n’est simple. Éric Correia, le président de l’Agglo du Grand-Guéret, avec l’adjointe Delphine Bonnin, a créé en février une association dont le nom dit tout : “Guéret 2020”.
Pas une cabale anti-VergnierConseil municipal de Guéret, Michel Vergnier Tout et rien : « On l’a créée dans la perspective des municipales mais avec la volonté de réunir les gens, pour réfléchir, pour débattre sur les grands sujets qui nous préoccupent avec l’amour et l’implication que l’on a pour notre ville », expliquent-ils en trouvant trop prématuré l’idée que cela donnera forcément une liste, et qu’ils la dirigeront.
« Éric Correia ne m’a pas consulté », nous a indiqué Michel Vergnier en mars dernier. Ambiance. Avant d'indiquer : "Si Thierry Bourguignon avait voulu, tout serait réglé". Sauf que son actuel premier adjoint ne veut pas "y retourner" et d'ailleurs, au prochain conseil municipal, va démissionner de ce poste (qu'il cédera à Serge Cédelle) pour passer à autre chose. "C'était prévu, prévient Thierry Bourguignon, avec mes responsabilités à Musiques en Marche et désormais à la Fédération nationale à laquelle la structure adhère, je n'ai plus de temps. J'aurai dû laisser le poste de premier adjoint il y a un an, j'ai attendu jusqu'à maintenant, je reste à la municipalité jusqu'à la fin du mandat, je prendrai le poste de 3e adjoint, les affaires générales, le CHSCT, mais je ne serai sur aucune liste en 2020".
Revenons à Vergnie et Correia : « Est-ce que sa candidature me peine ? Non !, répond le maire de Guéret. Est-ce que moi-même je souhaite me représenter ? Pour quoi faire ? Pour quel projet ? Avec qui ? », s’interroge à voix haute Michel Vergnier. Sans répondre. Y retourner ? Et pourquoi pas, en tête d’une liste ou en soutien à une autre.
Celle de Correia ? « A-t-il besoin de moi ? », élude Michel Vergnier qui, lorsqu’on lui demande quels rapports il entretient avec lui, répond : « ils sont professionnels, on ne se crache pas à la figure ».
Eric Correia, Nicolas Aubineau,Place Publique Creuse, Consultation, Place aux idées,, Photo - Alex Overton, De son côté, Éric Correia confirme : « je n’ai pas demandé l’autorisation à Michel Vergnier » mais assure « le débat ce n’est pas Correia y va contre Vergnier, ça ne m’intéresse pas. Ce n’est pas une cabale contre lui ».
Quand le torchon brûleMais pour tous les observateurs, le torchon brûle entre eux. Et dans la mêlée apparaît un nouveau nom : le sénateur Éric Jeansannetas, le premier adjoint qui avait démissionné en 2014 pour ne pas cumuler ce mandat avec celui de conseiller départemental qu’il venait de décrocher. « J’ai regretté ce choix, explique-t-il aujourd’hui. Le socle de l’élu, au-delà de tout autre mandat, c’est le conseil municipal. Et puis, je m’ennuie au Conseil départemental ».
Voeux des sénateurs Jean-jacques Lozach et éric jeansannetas Est-ce à dire qu’il se présentera à Guéret pour les municipales ? « C’est trop prématuré », annonce-t-il. Mais accepte le jeu de la “politique-fiction”. S’il devait y aller, ce serait avec Michel Vergnier, ou au moins avec son soutien. « Devenir le maire de la ville qui vous a vu naître et grandir, bien sûr que c’est un bel exercice ». Deux listes de sortants de la majorité qui s'opposeraient ? C’est possible. Et d’autres autour qui se composent dans une nouvelle ambiance, celle que libère la “mort des partis”.
La fin des étiquettes politiquesDe la droite à la gauche, on l’assure : les étiquettes politiques ne feront plus l’élection. Il n’y a plus de dominants qui mettaient la pression. Jean-François Thomas, David Gipoulou, Éric Daubechies… se souviennent de leurs difficultés de 2014 à composer leur liste. Ceux qu’ils sollicitaient craignaient de déplaire à la majorité sortante, de perdre des marchés publics quand ils étaient entrepreneurs. Pas de menaces claires, mais une méfiance sourde de ne pas trop s’afficher. « Là, il n’y a plus de dominant, estime David Gipoulou, les 33 noms on les aura facilement ».Municipales 2014 2éme tour:Jean François Thomas
Avec Jean-François Thomas, au moins, les choses sont claires : « oui, on aura une liste. Et je la conduirai sauf si une meilleure candidature émerge chez nous ». Et de situer d’entrée de jeu : « Moi, je suis marqué à droite, mais je n’ai jamais fermé la porte à personne. D’ailleurs, je ne suis adhérent d’aucun parti ».
Une liste ouverte, c’est ce qu’il veut proposer, avec un vrai projet bâti de manière tout aussi ouverte. Mais pas avec tout le monde : « Pas l’extrême-droite, je n’ai besoin d’eux, leurs élus n’ont rien fait sur Guéret. Et surtout, je n’ai pas envie d’eux ».
Pour Jean-François Thomas, travailler avec les Marcheurs... pourquoi pas.Pas avec Correia non plus : « Depuis dix ans je réclame qu’on travaille plus ensemble, notamment à l’Agglo. Et c’est aujourd’hui qu’il me propose de dialoguer ? ». Il n’y croit pas. Surtout, il trouve que tout cela manque de clarté : « Est-ce que les choses sont claires entre Vergnier et Correia ? Ils se dénigrent, ils se foutent sur la gueule. Que Correia soit logique avec lui, quand on voit le fossé politique qui les sépare, qu’il démissionne de la majorité, qu’il fasse une coupure politique ».
Guillaume Viennois, l'avocat guérétois que tous les camps consultent pour voir s'il pourrait rejoindre leurs listes, n’en pense pas moins qui, lui aussi, aimerait plus de clarté dans le tandem de sortants. Plus surprenant, Éric Jeansannetas aussi, milite pour la clarification.
Une clarification qui viendra, peut-être, le 25 juin avec la première réunion publique (à 19 heures, à Jouhet) d'Eric Correia et de Delphine Bonnin et de leur association Guéret2020.
Et avec les macronistes ? « Macron, c’est pas mon truc prévient Jean-François Thomas. En revanche, j’ai beaucoup de respect pour Jean-Baptiste Moreau. Et Vincent Turpinat est un copain. Je n’aurais aucun mal à travailler avec eux ». Côté Marcheurs aussi, les choses sont claires. Du moins pour Éric Daubechies, président du Modem creusois et « représentant le plus guérétois de la majorité présidentielle » : « je veux proposer une liste de notre sensibilité aux municipales ». La conduirait-il ? Pas forcément, il verrait bien Thierry Delaître, un de ses colistiers de 2014, à sa tête. Éric Daubechies, ce qui l’intéresserait, c’est la présidence de l’Agglo.
Présentation Marché de Noël Guéret 2017 Eric DAUBECHIES Marine FOULER Les Marcheurs sans CorreiaMais qu’en est-il de cette rumeur qui voyait les “Marcheurs” soutenir Éric Correia à Guéret. « Ce n’est pas envisageable. Il a été décidé au national qu’on ne pourra soutenir ou investir personne qui a été contre nous aux Européennes. Et Correia a milité pour Glucksmann ».
Une liste des “Marcheurs” à Guéret ? Est-ce fait ? Voulu par Jean-Baptiste Moreau et Vincent Turpinat qui pilote les municipales pour les macroniens en Creuse.
« On s’est dit qu’on en parlerait après les Européennes. Elles sont passées. De toute manière, pour les villes préfectures comme Guéret, ce sera décidé au national ».
Sera-ce une revanche pour lui qui n’avait pu passer la barre des 10 % en 2014 ? « Non, dément Eric Daubechies. J’étais trop en avance sur ce que je proposais aux Guérétois. Et trop en retard sur la campagne que j’ai pu conduire. Aujourd’hui, on est dans le bon moment, le poids des partis s’est effondré, le macronisme a libéré d’autres énergies et nous allons préparer cette campagne très en amont ».
La roulette russe de David GipoulouLancer une campagne très tôt, c'est aussi l'ambition de David Gipoulou qui, avec son équipe, distribuera 7.000 questionnaires cet été aux Guérétois en prélude à la rédaction du programme de la liste.
Conseil municipal de Guéret, david gipoulou Un scrutin que le leader du groupe Guéret Terre de gauche (allié à la majorité sortante) prépare : il y aura bien une liste de son côté… et, lui, ne sera pas élu. « Oui, être maire j’en ai envie, mais j’ai fait un choix personnel. Si je suis présent sur la liste ce sera en position non éligible ».
Cela ne l’empêche pas forger une stratégie pour gagner. Surprenante d’ailleurs. « En lisant la situation actuelle d'effondrement des partis, je suis convaincu que six listes pourront se maintenir au second tour en faisant plus de 10 % au premier. Et au regard du potentiel politique dans cette ville, la première liste qui arrivera en tête à gauche raflera la mise ».
Conseil municipal de Guéret, Delphine Bonnin German Dans cette “roulette russe” du second tour, David Gipoulou y voit la meilleure cartouche de son camp qui a toutes ses chances estime-t-il car « celui qui arrivera en tête imposera les conditions de la fusion aux autres ». Et si elles ne veulent pas, tant pis : « La première liste qui arrivera première au soir du second tour raflera la majorité des sièges, quel que soit son score ».
Pour y arriver, deux conditions : « avoir un projet très différencié et porté avec les habitants. Et avoir la bonne tête de liste ». Qui ne sera pas la lui.
Eric Donzé
Quel est le projet d’Eric Correia ? L’état d’esprit de Michel Vergnier ? Ce qui pourra décider Guillaume Viennois ? Pourquoi David Gipoulou ne sera pas élu ? Comment Eric Daubechies veut accroître le stationnement à Guéret... Retrouvez sur notre site lamontagne.fr, samedi 1er et dimanche 2 juin tout ce week-end les entretiens que nous avons eu avec les différents interlocuteurs.