Bientôt 300 véhicules pour les aides à domicile de Creuse ?
Avec 2,5 millions de kilomètres au compteur des aides à domicile creusoises en 2018, le Conseil départemental a décidé de donner un coup de pouce à cette profession en construisant un projet mobilité innovant.En réalité, développe Patrice Morançais, vice-président en charge du dossier, « les élus sont partis d’un constat : on peine à recruter des aides à domicile. Il en manque 70 toute l’année, une centaine l’été. Et le frein majeur est la mobilité car le véhicule reste incontournable à la campagne. » Pour répondre à ce problème-là, une réflexion est en cours pour constituer une flotte départementale de véhicules.
Un projet pour mettre 300 véhicules à disposition des aides à domicile
En clair, il s’agit de louer un parc de véhicules et de les mettre à disposition des salariés qui en ont le plus besoin sur les 850 qui travaillent en Creuse. « Il en faudrait 300 pour atteindre l’équilibre financier », analyse Benoît Furelaud, le directeur de la Mefboc de la Souterraine qui est en charge de piloter ce projet, tout comme les autres dossiers mobilité en Creuse. C’est-à-dire : pour que le coût de revient soit le même qu’avec les indemnités kilométriques.Mais rien n’est arrêté. Deux options se dessinent. Soit les contrats sont passés avec les sept associations d’aide à domicile (*) et les voitures mises à disposition des aides à domicile pour travailler, y compris pour leurs trajets domicile-première intervention. Ce qui leur permet de faire des coupures. « Parmi les problèmes soulevés par les aides à domicile, on entend souvent : “on travaille pour rien.” Cette action permettrait de répondre à un double besoin. Tous les km seront pris en charge. »
Un dispositif au double avantageLa seconde option, encore plus innovante, serait de louer aux salariés. Directement. Ainsi, ils pourront l’utiliser pour tous leurs trajets. L’avantage : ils auront une voiture neuve avec l’assurance comprise. Alors qu’aujourd’hui, les aides à domicile roulent généralement avec des véhicules anciens qui leur coûtent cher en entretien.Mais l’intérêt est double : ce dispositif devrait permettre de soulager les salariés aux plus faibles revenus et par la même occasion aider à embaucher des personnes qui n’ont même pas de moyen de locomotion.Une petite enquête est menée et des questionnaires ont été envoyés aux aides à domicile pour savoir ce qu’elles en pensent, souligne Patrice Morançais. Étienne Lejeune, vice-président de la Mefboc, précise que le travail avec les concessionnaires est terminé. « Si au niveau départemental, on prend non pas 20 mais 200 ou 300 véhicules on peut avoir des prix très intéressants ; et après les rétrocéder aux personnes. »Il ne manque plus que l’aval des Service fiscaux, pour savoir s’ils sortent bien cette activité du champ concurrentiel puisqu’il s’agit de louer sur critères de ressources. Mais tout le monde est très enthousiaste.À la Mefboc, on expérimente déjà un dispositif quasi similaire depuis deux ans. Mais à petite échelle. Deux véhicules sont à disposition des salariés de l’association Elisad à Guéret. Une vraie réussite, comme le souligne le directeur, Jensely Ntoutoume, « elle apporte une solution dans un domaine où l’activité ne cesse de croître puisque les personnes âgées à domicile sont plus nombreuses et les problèmes de mobilité croissent avec. »
Deux autres projets mobilitéDans le cadre du Plan particulier pour la Creuse, la Maison de l’emploi et de la formation du Bassin Ouest Creuse (Mefboc), basée à La Souterraine, porte deux autres projets mobilité pour tout le département.
Il s’agit, tout d’abord, de créer un service de location de véhicules avec chauffeurs, comme l’expose le directeur de la Mefboc, Benoît Furelaud. « On loue déjà des véhicules pour l’insertion sociale, à savoir pour les personnes qui recherchent du travail mais n’ont pas de véhicule, grâce à un financement de l’Europe. Benoît Furelaud, directeur de la Mefboc.Avec ce projet, il s’agit d’élargir ce service de location à tout public qui ne peut pas être pris en charge. » C’est-à-dire, les personnes qui n’ont pas les moyens de se déplacer – sur critères de ressources – pourront avoir une aide pour se rendre à l’hôpital ou bien au tribunal, par exemple.Et comme certains n’ont même pas le permis, la Mefboc a pensé mettre à disposition des chauffeurs. Mais pas dans n’importe quel cadre, bien sûr. « Nous aimerions mettre en place ce service sous forme d’insertion professionnelle, grâce à l’activité de chauffeur. » Pour une double action. L’étude de six mois a commencé. Elle permettra de déterminer si le système peut tenir la route mais le directeur, qui maîtrise bien ce genre de sujets mobilité, est plutôt optimiste.
Créer un service de livraison en insertionDans le cadre du PPC toujours, la Mefboc travaille à la mise en place d’un service de livraison pour les petits producteurs et les commerçants. Pour pallier la disparition des tournées alimentaires dans nos campagnes.« On pourra notamment alimenter les établissements scolaires. Ce que n’ont pas les moyens de faire les petits artisans, commerçants ou paysans. » Et toujours sous la forme d’une activité d’insertion. Ce qui permettra d’aider des chômeurs à mettre ou à remettre un pied dans le monde de l’emploi, tout en relançant ces petites tournées rurales qui permettent d’atteindre tout le monde.
Virginie Mayet(*) Agardom, Assif, AADLS, Elisad, CVAD Bonnat, Label vie, Adec.